Son véritable nom reste inconnu. Elle s'appelait peut être Kahena, Kahya, Dihya, Dahya, ou Damya
En effet, son nom fait objet de nombreuses interprétations idéologiques, ainsi le surnom de Kahina, qui signifierait « sorcière», la décrit comme un personnage haïssable par certains historiens musulmans qui ne l'aimaient guère.
Mais le sens n'est probablement pas péjoratif, puisqu'à l'origine, ce terme dérive de l'hébreu “Cahen, Cohen” qui signifie prêtresse et du grec être pure. De même le surnom Damya, signifie « la belle » en tamazigh.
Elle fut souvent appelée Reine Dihya Tadmayt/Tadmut« La belle Reine gazelle ».
La religion de cette amazighe d'origine noble et sans doute descendante d'une vieille lignée des Aurès n'est pas établie de manière sûre.
Était-elle chrétienne ? Animiste ? Judaïsée ou juive ?
Les sources historiques apportent des témoignages bien divergents. Ce qui est certain c'est qu'elle était avant tout amazigh et prête à tout pour défendre son peuple et sa terre.
A la fin du VIIe siècle après J.-C., lorsqu'après plusieurs tentatives infructueuses, les Arabes repartent à l'assaut de l'Afrique du Nord, avec une armée commandée par Hassan Ibn-Noomane, ils se heurtent une nouvelle fois à la résistance berbère. C'est la Reine Kahena qui cette fois est l'âme de cette resistance
À la première bataille, Dihya remporta une victoire sur les troupes d'Ibn Numan à Miskyana, entre Tebessaet Aïn Beïda, dans la région Constantinoise
Une ruse de la Kahena
Dans la vallée de la rivière, déserte et à sec, la Dihya décide d'y dissimuler son armée pendant la nuit, en partie dans la montagne, en partie derrière, sa cavalerie et ses troupeaux de chameaux, pour prendre en embuscade les troupes d'Ibn Numan.
Lorsque les Arabes attaquent, ils sont accueillis par une pluie de flèches tirées entre les jambes des chameaux des Berbères. Les Arabes sont écrasés... Les Berbères les poursuivront jusqu'à Gabès.
La Dihya vient de remporter sa plus prestigieuse victoire, celle de la Meskiana, qu'on appellera « La bataille des chameaux », et parvient à repousser les troupes du Calife jusqu'en Tripolitaine.
Ibn Numan sera à nouveau battu en 695 prés de Tabarqa par la Dihya. pochoirfrise104.jpgIbn
Les envahisseurs se retirent à nouveau en Tripolitaine, mais une fois les renforts arrivés d'Orient, ils passent à l'attaque toujours sous la direction de Ibn Numan (695). Ils portent alors un coup fatal aussi bien à l'armée chrétienne byzantine qu'aux résistants berbères juifs.
. Sachant sa défaite imminente, Dihya fit pratiquer la politique de la terre brûlée en vue de dissuader l'envahisseur de s'approprier les terres. Elle s'aliéna par là une partie de son peuple : Berbères sédentaires citadins, nomades et ceux de la campagne Cependant Carthage, malgré cette politique, est reprise par les troupes arabes.
S'il faut en croire la légende, voyant que les Arabo-musulmans étaient sur le point de non-retour, la Princesse aurait préconisé à ses enfants et à ses fidèles de se ranger du côté des conquérants.La défaite des troupes de Dihya est en partie due à la trahison par Khalid, jeune Arabe que la reine avait épargné après la bataille des chameaux et adopté selon la coutume de l'anaïa (« protection ») en vigueur chez les anciens Berbères.
Faite prisionnière, Dahia fut décapitée, et sa tête apportée au calife..
Dans les Aurès existe un puits; à Baghaï près de Kenchela d'où Dahia est originaire et que l'on appelle “Bir el kahina” (le puit de la Kahina), en souvenir du lieu où elle a été tuée.
Toujours à Baghaï, les habitants désignent certaines ruines anciennes comme étant les ruines “du palais de la Kahina”.
Enfin, certains berbères chaouis des Aurès diront qu'ils ont le “nez de la Kahina” qui était d'une grande beauté mais aurait eu, un peu comme Cleopâtre un nez particulier, mais cette fois non pas long mais doté d'une petite “bosse”.
À la mort de la Kahena de nombreux chefs berbères embrassent la nouvelle foi.
« Notons d'abord ce constat : dans l'Islam importé par les envahisseurs, les chrétiens d'alors voyaient moins une religion nouvelle qu'une hérésie de plus, à l'instar de l'arianisme, du monophysisme ou du donatisme. Un saint Jean Damascène, fonctionnaire chrétien du Califat de Damas et Père de l'Église, ne considérait-il pas la religion des nouveaux maîtres de l'Orient comme une hérésie chrétienne ? On comprend mieux, dans ces conditions, que des chrétiens berbères aient passé à l'Islam, à l'exemple de Qusayla, pour avoir la vie sauve ou conserver quelque avantage. ». (Joseph Cuoq)
Il a fallut aux Arabes pas moins de sept expéditions successives pour consolider leur puissance en Afrique du Nord et soumettre ses habitants.
Après la mort de la Kahena, le nouveau gouverneur de Kairouan, Moussa Ibn Nossayr, nomme un Berbère des Aurès, à peine affranchi, Tariq Ibn Ziyed gouverneur de Tanger.
Et lorsque, à partir du Nord-marocain, Moussa Ibn Nossary se prépare en 709 à envahir l'Espagne , c'est à lui qu' il confie le commandement de l'expédition qui conquerra l'Espagne et le Sud-ouest de la Gaule.
L'expédition commencera en 711 (94 de l'Hégire) et l'islam s'étendra aussi sur les Baléares, la Sardaigne, la Sicile, la Corse et Malte qui passeront sous domination musulmane.).
Si l'Islam s'affirme une fois la conquête achevée, il faut attendre le XIe siècle pour parler d'islamisation totale. L'arabisation a eu elle un processus encore plus lent. Même de nos jours les Berbères luttent contre une arabisation totale et ont exigé un bilinguisme accordé difficilement.